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aborder le parcours onirique des "dames blanches" par T. Baudel

Comme beaucoup d’artistes, Manuela Luchtmeijer puise son inspiration dans son histoire personnelle, qui est le point de départ et l’un des fils directeurs de sa série des Dames Blanches*. Mais nous n’aurons pas le loisir de savoir à quelle étape il est fait allusion dans chaque tableau ; tout au plus y distinguera-t-on une tonalité, sombre ou joyeuse. En lieu et place d’une lecture intimiste, c’est un triple parcours autour de la nuit, d’un phénomène naturel et d’un mythe qui nous est proposé.

Tout d’abord, l’ensemble de l’oeuvre évolue dans une gamme de couleurs calquant les péripéties d’un épisode nocturne : violet du crépuscule, bleus sombres de la nuit, tons flamboyants du soleil levant. Comme une nappe de brume dans la nuit, prise au jeu de l’air en mouvement, chaque scène présente une forme blanche et diffuse, trait d’union entre les tableaux de la série. Cette forme évoque, sans l’illustrer pour autant, ces Dames Blanches, figures de la mythologie nordique, tour à tour bonnes fées ou sorciéres, qui ont marqué le pays de l’auteur, les Pays-Bas.

Cependant, formes et matières - trait vif et brut augmenté de taches diffuses, huiles généreuses - priment sur la figuration pour conférer au tableau son caractère polysémique.

Si les figures sont discernables, parfois même avec des détails très fins persistant sous le travail du couteau, ce n’est pas pour donner directement et naïvement un sens à l’image. Il s’agit plutôt d’exploiter le don naturel que nous avons à anticiper, dans la reconnaissance d’une forme familière en déséquilibre, le mouvement qui s’ensuivra, et conférer ainsi une dynamique à l’image fixe.

Celle-ci doit donc être interprétée comme une abstraction en mouvement plutôt qu’une figure suggérée, même si cette dernière ne saurait s’opposer à ce dont il est traité dans le tableau.

Cette recherche d’expression de la dynamique dans une image fixe est inspirée de la calligraphie orientale. En effet, l’auteur, licenciée en langue japonaise aux Langues O’, a étudié et pratiqué la calligraphie japonaise, et l’a utilisée dans ses précédents travaux avec des médias différents : la combinaison encre de chine-pastel-huile, de traité plus classique et contemporain, et la mosaïque, par matière de défi.

Un long travail de préparation du fond en couches épaisses superposées, qui peut prendre plusieurs mois, constitue le préliminaire nécéssaire à la création de chaque tableau. Cette maturation est analogue à la phase de méditation qui précède la fulgurance du tracé dans la peinture calligraphique. Le jeté de la figure blanche et son éparpillement sur la surface de la toile jaillissent ensuite de façon quasi-automatique, afin de transcrire l’évanescence des impressions fugaces et contradictoires qui ont fourni l’inspiration du tableau, et que le thème mythologique des Dames Blanches soutient à merveille.

En effet, un lien unit les sujets abordés par chacun de ces tableaux, ainsi que la série toute entière. Il s’agit de décrire les trois voies par lesquelles le rêve nous survient : la nuit, les mystères de la nature et notre histoire, collective ou personelle.

(Exposition "Dames Blanches" du 24 juin au 7 juillet 2006, Paris)

*pour en savoir plus : qui sont les dames blanches ?